Amazonie brésilienne : retrouver les communautés isolées et protéger la forêt
Une carapace de tortue abandonnée par un chasseur et un vase en céramique : découvertes il y a trois ans, ces traces tendent à prouver que des communautés isolées vivent sur une terre indigène du nord de l’Amazonie brésilienne.
Ce sont les indices les plus récents que des peuples autochtones « non contactés », comme on les appelle (c’est-à-dire sans contact avec la société), habitent cette terre située dans l’État du Para et aussi vaste que Sao Paulo, la mégalopole du sud du pays.

Vue aérienne du village d’Ita’aka, dans la terre indigène de Koatinemo dans la forêt amazonienne, à environ 70 km d’Altamira, État de Para, Brésil, prise le 11 juin 2025. (CARLOS FABAL/AFP via Getty Images)
Appelé Ituna/Itata, ce territoire indigène est protégé par une ordonnance provisoire contre la déforestation.
Mieux documenter la présence de groupes isolés
Mais des organisations demandent au gouvernement de mener davantage de recherches pour documenter la présence de groupes isolés : une condition essentielle pour que l’État délimite définitivement la zone en vue de les protéger et de préserver la forêt.
A Ita’aka, village de 300 habitants aux petites maisons de bois et de paille situé dans le territoire indigène voisin de Koatinemo, les récits de rencontres fortuites avec de supposés membres de communautés « non contactées » d’Ituna/Itata circulent parmi les familles du peuple Asurini.

Les peuples autochtones Asurini se rassemblent lors d’une réunion de dirigeants autochtones au village d’Ita’aka, dans le territoire autochtone Koatinemo, État du Para, Brésil, le 12 juin 2025. (CARLOS FABAL/AFP via Getty Images)
« Ma belle-sœur m’a dit : ‘Regarde, regarde!’. Tout près il y avait un petit garçon qui me regardait », raconte à l’AFP Takamyi Asurini, un homme âgé montrant la cicatrice à son flanc laissée par une flèche qu’il dit avoir reçue d’un de ces autochtones.

Tukura Asurini, le premier des Asurini à obtenir son diplôme au campus universitaire d’Altamira UFPA, près du village Ita’aka, sur la terre indigène Koatinemo, État de Para, Brésil, le 11 juin 2025. (CARLOS FABAL/AFP via Getty Images)
Les autorités brésiliennes ont renouvelé en juin dernier la mesure temporaire qui, depuis 2011, restreint l’accès à Ituna/Itata afin de « garantir la protection intégrale des territoires où des peuples autochtones isolés sont présents ».
Reconnaissance de 114 « indices de présence »
Sur place, les éléments de preuves incluent des relevés remontant aux années 1970 ainsi que des découvertes réalisées depuis au moins 2009.
Le Brésil reconnaît 114 « indices de présence » de peuples indigènes isolés dans la plus grande forêt tropicale de la planète, c’est-à-dire de groupes qui volontairement se maintiennent sans ou avec peu de contact avec le reste du monde.
Les effets désastreux de l’interaction avec l’homme blanc
Selon la Fondation nationale des peuples indigènes (Funai), un organisme public, cet isolement est parfois dû aux effets désastreux de l’interaction avec l’homme blanc depuis l’époque coloniale : maladies, violences, pillage des ressources naturelles.

La ministre brésilienne des peuples autochtones, Sonia Guajajara (à g.), prononce un discours aux côtés de la présidente de la Fondation nationale pour les peuples autochtones (FUNAI), Joênia Wapichana, lors d’une visite interministérielle visant à aborder la crise humanitaire et sanitaire impliquant le peuple autochtone Yanomami, à Boa Vista, État de Roraima, Brésil, le 8 février 2023. – (MICHAEL DANTAS / AFP) (Photo par MICHAEL DANTAS/AFP via Getty Images)
Parmi les « indices » compilés, près d’un quart sont officiellement reconnus comme des preuves à part entière. D’autres, comme ceux d’Ituna/Itata, sont vus comme des indications « fortes » de l’existence de peuples isolés, bien qu’il n’y ait pas eu de travail systématique pour les corroborer.
L’État a depuis longtemps « laissé à l’abandon » les archives rassemblant ces preuves d’existence, déplore Luiz Fernandes, membre de la Coordination des organisations indigènes de l’Amazonie brésilienne (Coiab).
« Nous les percevons dans la nature »
« Pour prouver qu’il y a des isolés, l’État a besoin d’indices certifiés, mais pour nous c’est différent: nous les percevons dans la nature, dans les sons que nous entendons, les présences, parfois les odeurs », souligne Mita Xipaya, une militante indigène de 24 ans.

Huttes des Indiens Chavante dans le bassin du fleuve Amazone au Brésil en 1955. (Archive Photos/Getty Images)
Exploitation minière illégale ou déforestation à des fins agricoles
En Amazonie brésilienne, les terres non indigènes ont perdu près de 30% de leur végétation native depuis le début des relevés en 1988, contre moins de 2% pour les terres indigènes délimitées par l’État, selon l’ONG Institut socio-environnemental.

Vue aérienne d’une zone de la forêt amazonienne déboisée par un incendie illégal dans la municipalité de Labrea, État d’Amazonas, Brésil, prise le 20 août 2024. . (EVARISTO SA/AFP via Getty Images)ges)
Depuis une décennie, Ituna/Itata subit les assauts de ceux qui veulent s’accaparer des terres pour l’exploitation minière illégale ou la déforestation à des fins agricoles.
Suspension puis rétablissement de l’ordonnance de protection
La situation s’est aggravée sous la présidence de Jair Bolsonaro (2019-2022), lorsque le gouvernement a suspendu l’ordonnance de protection d’Ituna/Itata et que cette terre indigène est devenue la plus déboisée du Brésil.

L’ancien président brésilien Jair Bolsonaro s’adresse à la presse au Sénat fédéral de Brasilia le 17 juillet 2025. (MATEUS BONOMI/AFP via Getty Images)
Malgré le rétablissement de l’ordonnance avec le président Luiz Inacio Lula da Silva, les conséquences perdurent aujourd’hui sur le territoire: sur des kilomètres la végétation est trouée de larges bandes de terre, comme l’AFP a pu le constater en juin lors d’un survol de la région.

Cette vue aérienne montre une zone dégradée de la forêt amazonienne, près des terres indigènes Koatinemo, dans l’état du Para, au Brésil, le 12 juin 2025. (Carlos FABAL / AFP) (Photo CARLOS FABAL/AFP via Getty Images)
Pour la démarcation permanente d’Ituna/Itata
Peuples indigènes et militants insistent pour que le gouvernement avance vers la démarcation permanente d’Ituna/Itata.

Des hommes indigènes asurini marchent vers une réunion de dirigeants indigènes au village Ita’aka, dans la terre indigène Koatinemo, État du Para, Brésil, le 11 juin 2025. (CARLOS FABAL/AFP via Getty Images)
Une revendication qui résonne d’autant plus à quelques mois de la COP30.

Un homme passe devant un projet d’infrastructure en cours pour la COP30 à Belém, État de Para, Brésil, le 16 juin 2025. (CARLOS FABAL/AFP via Getty Images)
Lula, qui se veut aux avant-postes dans la lutte contre le réchauffement climatique, accueillera la conférence climat de l’ONU dans la ville amazonienne de Belem, capitale du Para.
« C’est à travers eux que la forêt tient debout »
« Il ne suffit pas de s’occuper de la forêt, il faut aussi s’occuper des peuples qui y vivent, car c’est à travers eux que la forêt tient debout », exhorte Toya Manchineri, coordinateur général de la Coiab.

Le conseiller politique Toya Elcio Manchineri tient un drapeau brésilien lors d’une manifestation contre le président brésilien Jair Bolsonaro, appelant les dirigeants mondiaux à protéger la forêt tropicale, devant l’hôtel de ville de Los Angeles, en Californie, le 08 juin 2022. (APU GOMES/AFP via Getty Images)
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