Brouille franco-algérienne : le ministre de l’Intérieur n’est plus le bienvenu à la Grande mosquée de Paris

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La Grande Mosquée de Paris dans le 5e arrondissement de Paris, France, le 17 février 2025. (RICCARDO MILANI/Hans Lucas/AFP via Getty Images)
Von 17 mars 2025

La brouille diplomatique franco-algérienne place en position inconfortable la Grande mosquée de Paris, attaquée plus ou moins directement sur son lien avec Alger, et qui organise mardi son quatrième « iftar des ambassadeurs ». 

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot est annoncé à ce repas de rupture de jeûne du ramadan, mais pas Bruno Retailleau, alors que le précédent ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin répondait à l’invitation depuis 2022.

L’institution doit composer avec d’autres changements, en cette période de ramadan qui voit traditionnellement l’envoi, en renfort temporaire, d’environ 80 « imams psalmodieurs » algériens. Cette année, aucun n’est venu : « le consulat n’a pas reçu de demande de visa » de la part d’Alger, explique une source gouvernementale.

« La situation est compliquée », soupire le recteur de la Grande mosquée Chems-eddine Hafiz. Pour le sociologue et chercheur au CNRS Franck Frégosi, « la Grande mosquée de Paris fait les frais de la détérioration des relations franco-algériennes ».

L’influence de la Grande mosquée sur la politique franco-algérienne

En janvier, l’institution a été accusée d’avoir organisé, avec l’appui des autorités algériennes, un très rentable système monopolistique de certification halal pour les produits européens destinés à l’Algérie.

Le lien de M. Hafiz avec l’Algérie a aussi été questionné, notamment par l’ancien ambassadeur de France à Alger Xavier Driencourt qui l’a invité début janvier sur CNews à s’occuper « de religion et non de politique », n’étant « pas l’ambassadeur officieux de l’Algérie ».

Le recteur, qui a dénoncé des « attaques totalement mensongères », défend son institution. « La Grande mosquée de Paris ne s’est jamais cachée d’avoir une relation (construite) entre l’Algérie et la France. Nous sommes une passerelle vertueuse entre les deux. Ce n’est pas une question d’influence ou de quoi que ce soit », affirmait-il début mars à des journalistes.

Financée par l’État algérien

Inaugurée en 1926, la Grande moquée bénéficie depuis le début des années 1980 d’un financement annuel de l’État algérien d’environ 2 millions d’euros.

L’institution a été montrée du doigt après le refus du recteur de participer à la manifestation contre l’antisémitisme du 12 novembre 2023, pour ne pas défiler aux côtés du Rassemblement national.

Un « tournant » pour Chems-eddine Hafiz : « avant, j’étais le musulman qu’il fallait fréquenter à tout prix. Après je deviens le pire des antisémites ».

La Grande mosquée « avait jusqu’à présent été présentée comme le bon soldat de la République, un peu comme le modèle du bon islam républicain », note Franck Fregosi, auteur d’un récent ouvrage Gouverner l’islam en France (Ed. Seuil).

Au point d’apparaître comme l’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics, après la disgrâce en 2021 du Conseil français du culte musulman (CFCM), représentant de l’islam de France depuis 2003.

Un « iftar républicain de soutien à la réélection d’Emmanuel Macron »

En 2022, entre les deux tours de la présidentielle, M. Hafiz avait même organisé un « iftar républicain de soutien à la réélection d’Emmanuel Macron », en présence de l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

« La Grande mosquée de Paris s’est sentie pointée du doigt par un ministère qui avait plutôt été bienveillant à son égard », explique M. Fregosi, en soulignant la stratégie de fermeté de Bruno Retailleau, qui « veut apparaître comme celui qui a réussi ce que les autres n’ont jamais osé faire » sur la structuration de l’islam en France.

La crise diplomatique entre Paris et Alger, née de la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental fin juillet 2024, s’est enflammée autour de l’emprisonnement de l’écrivain Boualem Sansal, arrêté le 16 novembre 2024 à Alger. Dans ce contexte le recteur s’est aussi vu reprocher de ne pas avoir appelé à sa libération.

On ne peut plus avoir de « regard laxiste »

« Le regard laxiste qu’on portait sur la Grande mosquée de Paris ne peut plus être le même depuis l’affaire Sansal », estime un bon connaisseur du dossier, qui voit l’institution « prise dans ses ambiguïtés ».

La crise a aussi un volet migratoire, et Bruno Retailleau a menacé samedi de démissionner si Paris cédait sur le renvoi de ressortissants algériens en situation irrégulière.

Dans un billet très politique début mars, M. Hafiz avait lui dénoncé les « faiseurs de peurs » qui dans la classe politique et les médias nourrissent « une éternelle mise en procès » de l’immigration algérienne.



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