Éric Dupond-Moretti soupçonné de conflit d’intérêt : le ministère de la Justice perquisitionné durant 15 heures
Ils ont passé la journée place Vendôme : les opérations de perquisition du ministère de la Justice par les magistrats de la Cour de justice de la République (CJR) ont duré 15 heures, dans le cadre d’une enquête ouverte de « prise illégale d’intérêt » visant Éric Dupond-Moretti.
La perquisition, qui a débuté vers 9H00 place Vendôme s’est terminée vers minuit jeudi 1er juillet, selon une source proche du dossier. Elle a été menée par une vingtaine de gendarmes de la section de recherche de Paris, avec des magistrats de la CJR. Eric Dupond-Moretti, qui était resté sur place, a assisté à la perquisition de son bureau.
Vers 19H30, son avocat Me Christophe Ingrain a pris la parole devant la presse pour expliquer que les opérations prenaient notamment du temps car les enquêteurs avaient souhaité ouvrir de vieux coffres sous la bibliothèque du bureau du garde des Sceaux, dont personne n’avait la clef. « Il a fallu des interventions avec des perceuses et meuleuses pour découvrir qu’il n’y avait rien à l’intérieur » a ajouté le conseil du ministre, qui a regretté « un déploiement de forces totalement disproportionné ».
Le conflit d’intérêt de trop ! …
Une #Perquisition historique au ministère de la justice marquera aussi l’histoire de ce quinquennat ! pic.twitter.com/JBgNvShWAN
— Albert Lévy (@AlbertLvy1) July 1, 2021
Une enquête qui interroge
Cette enquête a été ouverte en janvier à la CJR, seule juridiction habilitée à juger des ministres, et fait suite à des plaintes déposées par trois syndicats de magistrats et l’association Anticor.
Cette perquisition est « un mystère » car « dès l’annonce de l’ouverture de l’instruction, le garde des Sceaux nous a demandé de transmettre à la CJR la totalité des documents détenus par le ministère de la Justice au sujet des faits dont la CJR est saisie », a déclaré Me Ingrain. « Le garde des Sceaux est serein : les faits dont est saisie la CJR sont une procédure initiée par son prédécesseur, Mme (Nicole) Belloubet, et le ministre a suivi les avis des magistrats qui composent ses services en saisissant l’inspection générale de la Justice » a-t-il ajouté.
Selon le Canard enchaîné, M. Dupond-Moretti devrait être prochainement convoqué par les magistrats de la CJR et risque une mise en examen. Le Premier ministre Jean Castex a lui déjà été entendu le 7 juin dans cette affaire, en tant que témoin.
Au cœur des accusations figure l’enquête administrative ordonnée par Eric Dupond-Moretti en septembre contre trois magistrats du parquet national financier (PNF). Tous les trois avaient participé à une enquête préliminaire visant à identifier la taupe qui aurait informé l’ex-Président Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog qu’ils étaient sur écoute dans une affaire de corruption. MM. Sarkozy et Herzog ont depuis été condamnés dans ce dossier à trois ans de prison, dont un ferme, et ont fait appel.
Le PNF avait été mis en cause pour avoir épluché les relevés téléphoniques détaillés (« fadettes ») de ténors du barreau, dont Eric Dupond-Moretti, un ami de Thierry Herzog. M. Dupond-Moretti avait alors dénoncé des « méthodes de barbouzes » et déposé une plainte pour « atteinte à la vie privée », avant de la retirer le soir de sa nomination, en juillet, comme garde des Sceaux.
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