Au cœur de Marseille, la cocaïne prospère au grand désespoir des riverains

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Présence policière à la gare de Marseille dans le sud de la France le 24 avril 2024. Le ministre français de l'Intérieur Bruno Retailleau a visité la gare centrale de Marseille dans le cadre du plan de renforcement des contrôles de police à Marseille pour la lutte contre les réseaux de trafic de stupéfiants. (FELICE ROSA/Hans Lucas/AFP via Getty Images)
Von 18 juillet 2025

Sur les trottoirs, sous les porches, dans les parkings, ils sont de plus en plus nombreux, de plus en plus précaires : fumeurs ou « injecteurs » d’une cocaïne omniprésente dans le centre de Marseille, deuxième ville de France gangrénée par les trafics de drogue, ils errent, entre violence des dealers et ras-le-bol des riverains.

Il est 09H00 en ce mois de juillet, cours Belsunce, à deux pas du Vieux-Port et de la Canebière, avenue emblématique de cette ville du sud-est de la France. Les ramasseurs de seringues mandatés par la Ville circulent entre les passants, munis de longues pinces et d’un récipient jaune monté sur chariot.

Des personnes marchent sur le Cours Belsunce à Marseille, dans le sud de la France, le 16 février 2022. (CHRISTOPHE SIMON/AFP via Getty Images)

En deux ans, le budget consacré par la mairie à ce nettoyage a été multiplié par six, à 152.000 euros pour 2025, plus que la totalité des subventions (150.000 euros) versées aux associations de réduction des risques.

Un projet de « salle de shoot » suspendu

Une « aberration » pour Antoine Henry, directeur de l’association ASUD Mars Say Yeah, qui portait, jusqu’à son abandon en janvier 2024, le projet marseillais de Halte soins addictions (HSA), qualifiée de « salle de shoot » par ses détracteurs.

« Tout était ficelé, financé, puis il y a eu une reprise en mains par le ministère de l’Intérieur qui a mis son veto en s’appuyant sur l’opposition de quelques riverains et certains politiques », rappelle M. Henry qui, avec d’autres associations dont Médecins du Monde, a déposé un recours en justice contre cette suspension.

Banderoles lors de la journée d’action mondiale intitulée – SOUTENIR, NE PAS PUNIR – à Marseille le 26 juin 2025. Des personnes directement concernées et des associations ont marché dans la rue pour revendiquer contre la toxicophobie et les politiques répressives. (FELICE ROSA/Hans Lucas/AFP via Getty Images)

Des « salles de consommation à moindre risque » encore en phase expérimentation

Lancées il y a 40 ans en pleine épidémie de sida, ces « salles de consommation à moindre risque » sont aujourd’hui une centaine en Europe, mais seulement deux en France, à Paris et Strasbourg (est), qui arrivent fin décembre au terme d’une phase d’expérimentation.

Une photo prise à Strasbourg, dans l’est de la France, montre une partie de la salle de consommation à moindre risque (SCMR) ARGOS, le 4 juin 2025. (FREDERICK FLORIN/AFP via Getty Images)

Des scènes devenues classiques

Midi. Devant le parking souterrain d’un centre commercial jouxtant le port antique, un homme gît, deux seringues plantées dans le bras droit.

A l’entrée d’une ruelle voisine, un jeune « chouf » (guetteur) veille, à quelques dizaines de mètres de la Canebière, de son commissariat et du poste de police municipale.

Plus de 2.000 « consommateurs de rue en centre-ville »

« On estime aujourd’hui à plus de 2.000 les consommateurs de rue en centre-ville, la plupart sans logement ni revenus, souvent contaminés, sans accès aux droits, voire sans papiers », énumère le directeur d’ASUD, dont « la file active d’usagers a doublé en deux ans ».

Une hausse qu’il explique par une « précarisation générale » dans la métropole la plus pauvre de France, mais aussi par la multiplication depuis 2023 de petits points de deal en centre-ville. Des « annexes » des réseaux des cités, fonctionnant H24, « au plus près des consommateurs les plus précaires » qui y achètent la cocaïne dix euros la dose.

« On est des spectateurs du désespoir… »

« On voit de plus en plus de jeunes, de femmes, témoigne Youcef Mahi, gardien d’immeuble à Belsunce. Je ne porte pas de jugement. On est des spectateurs du désespoir… »

Zohra (prénom modifié), 36 ans, vit entre la rue et la prison. Gravement malade, elle grelotte sous sa parka, en plein soleil. Elle affirme qu’on lui « donne » la cocaïne qu’elle s’injecte, mais ne pas fumer « le crack qui rend fou ».

Une violente guerre de territoires

Apeurée, elle se cache de tous, de la police, des médecins, des dealers qui se font concurrence à coups de fusillades et de rixes. Marseille et sa région sont en effet en proie à une violente guerre de territoires pour le contrôle de points de deal lucratifs: en 2023, 49 morts liés au narcotrafic avaient été recensés à Marseille en lien avec cette guerre des gangs, contre 24 en 2024.

Le cercueil de feu Nessim Ramdane, lors d’une cérémonie à la mosquée de la Méditerranée à Marseille, dans le sud de la France, le 8 octobre 2024, en hommage à ce joueur de football de 36 ans et chauffeur privé, tué par un adolescent engagé comme tueur à gages le 4 octobre 2024. (MIGUEL MEDINA/AFP via Getty Images))

« Sinon, tu vas mourir là »

Régulièrement, lors des maraudes avec son association Nouvelle Aube, Joachim Levy retrouve Zohra et, inlassablement, tente de la convaincre d’accepter un parcours de soins : « Sinon, tu vas mourir là. »

Au pied d’un immeuble, un petit groupe comme il y en a des dizaines dans le quartier est assis. L’un « cuisine » son crack, l’autre pile des médicaments. Contrairement à Paris, le crack à Marseille est rarement vendu prêt à consommer, les usagers le préparent eux-même, en chauffant la cocaïne avec de l’ammoniac.

De son sac à dos, « Jo » distribue des seringues emballées, des pipes, des lingettes désinfectantes, et du bicarbonate, « moins nocif » que l’ammoniac.

« Ils n’ont plus aucune stratégie de survie »

A quelques rues, une équipe de Nouvelle Aube discute avec des hommes réfugiés sous l’autoroute A7. « On propose des tests de dépistage rapide – VIH et hépatites – et on les oriente vers l’hôpital si besoin. Ils n’ont plus aucune stratégie de survie », dit Marie-Lou.

Avec ses baskets pailletées, sa petite jupe et son sac à main, Laurène (prénom modifié) détonne au détour d’un escalier. Elle raconte à « Jo » le surendettement, un hébergement provisoire avec son enfant « chez un ex ». « Avant je fumais, je sniffais un peu, et puis j’ai commencé le crack et je me rends compte que je tombe dedans… »

L’importance du « repérage précoce »

« Ce repérage précoce est une partie essentielle de mon travail », explique « Jo », qui invite Laurène à l’appeler « n’importe quand ».

« Le plus grand problème n’est pas la consommation de drogue », dit-il. « C’est la grande précarité, l’isolement, c’est la violence de la rue, la santé mentale, c’est à ça qu’on doit s’adresser en priorité. »

Pour lui, « une ou, mieux, plusieurs HSA seraient une excellente solution permettant un travail en réseau entre tous les partenaires ».

« La science n’a plus de poids, c’est très inquiétant »

« Toutes les études scientifiques, en France et à l’étranger, ont démontré l’efficacité des dispositifs de type HSA, tant en termes de réduction des risques, de santé publique que de tranquillité publique », affirme Perrine Roux, directrice de recherches à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui a publié en 2021 un rapport d’évaluation des salles de Paris et Strasbourg. « La science n’a plus de poids, c’est très inquiétant », dit-elle.

Pour une meilleure sécurisation du quartier

« Le consensus va être compliqué à trouver, surtout à quelques mois des (élections) municipales » prévues en 2026 en France, regrette Karim, représentant du collectif Belsunce, qui réclame depuis des mois une meilleure sécurisation du quartier mais aussi l’ouverture d’une HSA.

« Pilonner les points de deal et saturer l’espace »

Jeudi, le préfet des Bouches-du-Rhône a annoncé une « stratégie renforcée de lutte contre la délinquance et les trafics en centre-ville », avec des renforts de policiers et CRS pour « pilonner les points de deal et saturer l’espace », et 310 nouvelles caméras de surveillance.

Le préfet de police des Bouches-du-Rhône, Pierre-Edouard Colliex, lors d’une interview accordée à l’AFP dans son bureau à Marseille, le 17 janvier 2025. (CHRISTOPHE SIMON/AFP via Getty Images)

En attendant, cours Belsunce, la fontaine ne coule plus. « Au moins, s’ils n’ont plus d’eau, les toxicos viendront moins », veut croire une habitante.



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