« Je suis Taïwanais », lance un dirigeant tchèque en visite à Taipei

A senior Czech politician invoked a famous Cold War-era phrase by late US president John F Kennedy on Tuesday as he delivered a landmark speech to Taiwan's parliament during a visit that has incensed Beijing. 
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-Le président du Sénat tchèque, Milos Vystrcil, prononce un discours au parlement de Taipei le 1er septembre 2020. Photo par Sam Yeh / AFP via Getty Images.
Von 1 septembre 2020

« Je suis Taïwanais », a lancé mardi en mandarin, devant des députés taïwanais en liesse, le président du Sénat tchèque Milos Vystrcil, lors d’une rare visite à Taipei qualifiée d’« acte odieux » par Pékin.

Le dirigeant a spécifiquement invoqué lors de son discours au Parlement taïwanais la mémoire de l’ancien président américain John F. Kennedy qui, en pleine Guerre froide, avait lancé en 1963 « Ich bien ein Berliner » (« Je suis un Berlinois ») aux habitants de Berlin-Ouest inquiets de la menace du Bloc soviétique.

Kennedy « employa la phrase +Ich bin ein Berliner+ pour montrer son soutien aux habitants de Berlin et aux plus hautes valeurs de liberté », a déclaré M. Vystrcil.

« Peut-être que je peux être plus humble, mais permettez-moi de recourir à la même phrase décidée pour conclure mon discours devant le parlement de votre pays en disant: Je suis Taïwanais. »

Ces trois derniers mots ont été prononcés en mandarin, ce qui a valu au dirigeant une standing ovation des élus de l’île.

Délégation de 90 personnes

Il portait un masque blanc orné des drapeaux de la République tchèque et de Taïwan.

M. Vystrcil est à la tête d’une délégation de 90 personnes dont la venue à Taïwan a été présentée par Pékin comme un « acte odieux ».

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a qualifié la visite de « provocation » et déclaré que M. Vystrcil devrait « payer au prix fort son comportement à courte vue et ses spéculations politiques ». 

Le ministère des Affaires étrangères tchèque a indiqué sur son site internet que son vice-ministre Martin Tlapa avait exprimé à l’ambassadeur de Chine la « désapprobation fondamentale » de Prague après ces propos.

La Chine condamne tout contact officiel

La visite tchèque de cinq jours intervient quelques semaines après celle, historique, du secrétaire américain à la Santé, Alex Azar, qui était le plus éminent représentant du gouvernement américain à se rendre sur l’île depuis que Washington a choisi en 1979 de reconnaître Pékin plutôt que Taïwan.

La Chine considère Taïwan comme une de ses provinces et condamne tout contact officiel entre l’île de 23 millions d’habitants et des responsables étrangers.

Depuis l’arrivée au pouvoir à Taïwan de la présidente Mme Tsai Ing-Wen en 2016, issue d’un parti peu conciliant avec Pékin, la Chine a multiplié les manœuvres et les pressions pour isoler encore plus l’île.

Mme Tsai a été réélue en janvier et de plus en plus de pays cherchent à approfondir leurs relations avec Taïwan, notamment les pays qui s’inquiètent de l’expansionnisme chinois. La République tchèque est un de ceux-là.

Taïwan une nation souveraine

La présidente rejette l’idée de Pékin selon laquelle l’île appartiendrait à « une Chine unique », considérant son territoire comme état de facto une nation souveraine.

Le gouvernement tchèque, qui reconnaît la Chine populaire, accepte le principe de la « Chine unique » et n’envoie pas de délégations officielles sur l’île.

Mais M. Vystrcil est membre de l’opposition de droite et n’est pas tenu par le protocole. Sa délégation rencontrera Mme Tsai jeudi.

M. Vystrcil a affirmé que sa visite était une façon d’affirmer la souveraineté tchèque et que son pays « n’avait pas à recevoir d’ordres d’autres pays, en particulier de pays non-démocratiques », une référence claire à Pékin.

« Nous ne sommes pas contre la République populaire de Chine », a-t-il cependant précisé.

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