La France ferme son ambassade au Niger

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Des soldats français du 2e Régiment Étranger de Parachutistes (2eREP) à Niamey, le 14 mai 2023. (Photo ALAIN JOCARD/AFP via Getty Images)
Von 22 décembre 2023

En quittant contrainte et forcée le Niger après le Mali et le Burkina Faso, la France entérine la fin d’un modèle de contre-terrorisme au Sahel, ouvrant la voie à un incertain tête-à-tête entre les régimes militaires et les groupes jihadistes.

La France a décidé de fermer son ambassade au Niger, où « elle n’est plus en capacité de fonctionner normalement ni d’assurer ses missions », a-t-on appris jeudi de sources diplomatiques, actant définitivement un divorce entre les deux pays. Cette mesure, extrêmement rare, intervient alors que Niamey avait annoncé le 12 décembre le départ de tous les soldats français déployés au Niger dans le cadre de la lutte anti-jihadiste d’ici le 22 décembre, soit ce vendredi. C’est l’aboutissement de relations exécrables entre la France et le Niger, depuis l’arrivée au pouvoir des généraux à Niamey, lors d’un coup d’État le 26 juillet.

Les derniers des 1500 soldats et aviateurs français basés au Niger devaient quitter le pays vendredi, au terme d’un long bras de fer entre Paris et les autorités militaires de Niamey. « Cela signe un échec, c’est la fin de l’engagement français au Sahel », estime Djallil Lounnas, de l’université marocaine d’Al Akhawayn. « C’est la fin des grandes interventions ».

Présente dans la région depuis 2013, la France avait déployé jusqu’à 5500 hommes au sein de l’opération anti-jihadiste Barkhane, en coopération avec les armées malienne, burkinabè et nigérienne. Elle avait aussi obtenu le déploiement des forces spéciales de partenaires européens, avec le soutien des Américains qui fournissaient renseignement et appui logistique depuis la base de Niamey.

Une profonde perte d’influence occidentale dans la région

Une pluie de coups d’États plus tard, les trois capitales ont réclamé le départ des Français, qui, par ricochet, actent une profonde perte d’influence occidentale dans la région. Côté européen, « un engagement militaire se résumera à une coopération militaire et sécuritaire, passant par des équipements, des formations, etc… », estime Denis Tull, de l’Institut allemand pour les relations internationales et la sécurité (SWP).

Le contre-terrorisme nécessitera des accords bilatéraux, notamment avec l’Allemagne ou l’Italie. Mais « est-ce que les Européens veulent et peuvent s’engager dans des relations avec les régimes en place ? Il n’y a pas de consensus », ajoute-t-il à l’AFP.

Aux États-Unis, les équilibres des dernières années sont également remis en cause. « La majorité des efforts américains au Niger étaient en soutien de ce que faisait la France », note Michael Shurkin, expert de la société américaine de conseil 14 North Strategies.

Washington, juridiquement, ne peut fournir de coopération sécuritaire aux régimes militaires. Et si aucune décision n’a été prise de fermer sa base de drones et rappeler ses 1500 hommes, « l’utilité de cette aide sera faible et en aucun cas ne se substituera à ce qu’apportaient les Français ».

Moscou n’est « pas dans une position assurée et stable »

Désormais, le seul intervenant extérieur est à chercher du côté de Moscou. Le groupe paramilitaire russe Wagner s’est implanté au Mali, devenant aujourd’hui la cible d’opérations et de communications des groupes jihadistes. La société de mercenaires est en pleine réorganisation depuis la mutinerie de son chef Evguéni Prigojine, puis sa mort dans un accident d’avion fin août. Mais la Russie conserve ses activités d’influence.

Quelques dizaines d’instructeurs et de formateurs militaires russes sont ainsi présents à Ouagadougou, même si les autorités n’ont pas confirmé leur présence. Et un partenariat russo-nigérien, aux termes restés inconnus, vient d’être signé. « La posture russe est plutôt de donner le change pour garder les positions », estime Lou Osborn, de l’ONG All Eyes on Wagner, soulignant que Moscou n’était « pas dans une position assurée et stable » actuellement.

De fait, les observateurs doutent de l’efficacité du modèle. « Je vois mal Wagner, avec quelques centaines d’hommes, faire la différence si le travail n’est pas fait par les armées locales », explique Djallil Lounnas.

« Partout où ils passent, c’est une boucherie », peste-t-il. « Wagner se fait de l’argent sur les mines d’or et part sur des missions d’appui sans pertes très élevées. Si demain cela ne marche plus, ils se retireront et ils auront bouté dehors les Occidentaux ».

Encore très loin de négociations des régimes militaires avec les jihadistes

L’avenir se jouera sur un face-à-face entre les jihadistes liés à Al-Qaïda et au groupe terroriste État islamique (EI) et les régimes militaires, qui ont créé en septembre l’Alliance des États du Sahel (AES). Sa charte les engage à combattre « le terrorisme » et les lie par un « devoir d’assistance et de secours » face à toute agression.

Jean-Hervé Jézéquel, directeur du Projet Sahel de l’organisation de résolution des conflits International Crisis Group (ICG), craint que les aspects politiques de la lutte anti-jihadiste ne soient complètement délaissés.  Les régimes sahéliens « investissent beaucoup trop dans la réponse militaire. C’était déjà le problème dans les décennies précédentes et cela s’accentue encore davantage », dit-il.

Une lueur d’espoir pourrait venir de négociations avec les jihadistes, perspective que les Occidentaux n’envisageaient qu’en se pinçant le nez. Derrière le discours martial des juntes, « dans la pratique, on entrevoit des ouvertures ici et là, de manière non officielle », note Jean-Hervé Jézéquel.

Si les régimes « arrivent à se persuader que le dialogue peut être un outil complémentaire, ils peuvent avoir des cartes à jouer », ajoute-t-il. Au delà d’initiatives nationales, voire locales, « on peut imaginer des négociations communes aux membres de l’AES. Mais nous en sommes encore très loin ».



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