Le combat silencieux de Zhang Zhan, témoin emprisonnée du Covid à Wuhan

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-La journaliste citoyenne chinoise Zhang Zhan qui a été emprisonnée pendant quatre ans pour ses reportages en direct de Wuhan alors que l'épidémie de Covid-19 se déroulait. Photo par Peter Parks / AFP via Getty Images.
Von 5 mars 2021

Ses images de malades alités dans un couloir d’hôpital à Wuhan ont donné un rare aperçu des conditions sanitaires dans la première ville du monde touchée par le coronavirus. Un an plus tard, en grève de la faim, la « journaliste citoyenne » Zhang Zhan paye cette audace dans une prison chinoise.

Dans une autre de ses vidéos diffusée sur les réseaux sociaux, on pouvait voir l’ancienne avocate tenir tête à un policier lui ordonnant de cesser de filmer.

« J’ai le droit de surveiller ce que fait l’Etat », répondait-elle calmement à l’homme qui tentait de lui arracher son téléphone portable.

Zhang Zhan « le symbole » de la recherche de la vérité

A l’approche de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, Zhang Zhan est « le symbole » de la recherche de la vérité sur ce qui s’est passé dans la métropole du centre de la Chine, placée en quarantaine le 23 janvier 2020, relève son avocat.

Une recherche à rebours du récit imposé par le régime communiste, à savoir une lutte héroïque contre le virus, culminant avec la quasi éradication de l’épidémie dans le pays le plus peuplé du monde.

L’avocat Ren Quanniu, représentant la journaliste citoyenne chinoise Zhang Zhan qui a rendu compte de l’épidémie de Covid-19 à Wuhan, doit être jugé à Shanghai le 28 décembre 2020. Photo par Leo Ramirez / AFP via Getty Images.

Apparu fin 2019, le nouveau coronavirus qu’on n’appelait pas encore Covid-19 devait se répandre à la surface du globe, faisant plus de 2,5 millions de morts selon les sources officielles.

Les images de Zhang Zhan (prononcer: « Djangue Djanne ») montraient la panique qui s’était emparée de la ville de 11 millions d’habitants, avec ses hôpitaux dépassés par un virus inconnu.

En mai, Zhang Zhan, 37 ans, était arrêtée, puis condamnée fin décembre à quatre ans de prison pour « provocation aux troubles à l’ordre public ».

Quelques jours après la mise sous cloche de la ville, Zhang Zhan décide de quitter Shanghai pour se rendre à Wuhan après avoir lu en ligne le commentaire d’un internaute.

« Il écrivait qu’on l’avait laissé seul face à la mort. J’étais très touchée », racontait Zhang Zhan dans un documentaire anonyme diffusé sur le site China Change.

Par altruisme et un désir d’aider les gens

Parvenant à descendre d’un train qui traverse la ville, Zhang Zhan entreprend de filmer la situation chaotique des hôpitaux wuhanais. Dans ses commentaires, elle s’interroge sur le manque de lits et de tests de dépistage.

Elle plaide pour les familles de victimes, qui cherchent à porter plainte contre les autorités locales.

« Elle s’est rendue à Wuhan par altruisme et un désir d’aider les gens », explique un de ses avocats, qui a requis l’anonymat.

« Comment empêcher de telles tragédies de se reproduire si leurs causes ne sont pas résolues et que le système qui les a créées est toujours en place? », s’interroge-t-il.

Des médecins qui avaient donné l’alerte dès décembre 2019 ont été interrogés par la police qui leur reprochait de « répandre des rumeurs ».

D’autres journalistes citoyens ont « disparu » après avoir couvert la crise wuhanaise mais Zhang Zhan est pour l’heure la seule à être passée en procès.

« Le système dans son ensemble est absurde »

En détention provisoire, elle entame une grève de la faim à laquelle ses geôliers répondent par une sonde gastrique nasale. On lui lie les mains pour l’empêcher de l’arracher, selon ses avocats.

Sa santé se dégrade. Lors de son procès à Shanghai, elle apparaît très amaigrie et presque méconnaissable dans un fauteuil roulant.

Elle reste malgré tout combative et refuse de répondre au juge qui lui demande de décliner son identité. Après le verdict, elle refusera de faire appel.

« Elle pense que le système dans son ensemble est absurde », explique son avocat Zhang Keke, qui a pu lui rendre visite mi-janvier.

« Elle ne veut pas de compromis », témoigne-t-il. Elle assure « qu’elle n’a jamais été aussi déterminée ».

 



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