Matera 2019, la « honte » de l’Italie est devenue gloire européenne

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-Une vue d'ensemble prise le 19 octobre 2018 montre la ville de Matera, dans le sud de l'Italie, qui a été choisie comme capitale européenne de la culture en 2019. Photo de FILIPPO MONTEFORTE / AFP / Getty Images.
Von 30 décembre 2018

Capitale européenne de la culture en 2019, Matera était il y a encore un demi-siècle « la honte » de l’Italie en raison de son extrême pauvreté. La cité a aujourd’hui retrouvé sa dignité en sauvant ses grottes, ses palais baroques et ses églises rupestres.

« C’est vrai, nous sommes passés de la honte à la gloire », admet Raffaello De Ruggieri, le maire de Matera, ville de Basilicate (sud) que le Premier ministre Alcide De Gasperi, l’un des pères fondateurs de l’Europe, avait qualifiée dans les années 1950 de « honte nationale » pour ses conditions de vie misérables. Ses habitants trouvaient alors refuge dans des grottes datant du paléolithique, sans lumière ni eau courante ou tout-à-l’égout.

Un demi-siècle s’est écoulé et la ville ambitionne aujourd’hui de recevoir des centaines de milliers de visiteurs, attirés par la culture et le patrimoine, dans ces mêmes grottes, dont bon nombre ont été restaurées. « Nous voulons que la personne qui décide de venir à Matera vive une expérience », explique Paolo Verri, directeur de la fondation Matera-Basilicata 2019, après avoir longtemps été responsable de la prestigieuse Foire du livre de Turin (nord).

Surnommée la « Jérusalem de l’Ouest » pour ses maisons troglodytiques en pierre creusées à flanc de ravin (les « sassi »), Matera est considérée comme la troisième ville la plus ancienne du monde après Alep (Syrie) et Jéricho (Cisjordanie). Des vestiges « attestent de la présence de l’homme depuis 8.000 ans », rappelle le maire.

« C’est pourquoi nous voulons un tourisme de la lenteur « , assure M. Verri, qui espère attirer des amateurs d’art et de culture plutôt que les visiteurs au pas de charge en une seule journée. Pour y parvenir, il a programmé près de 300 spectacles, ateliers, expositions, conférences, allant de la musique à la gastronomie en passant par des lectures en public. « Chacun doit apporter quelque chose, comme un livre, et expliquer pourquoi il veut améliorer la culture européenne », explique-t-il.

Les « citoyens temporaires » de Matera devront payer 19 euros pour un passeport valable un an qui leur permettra d’assister à tous les événements. Ils sont aussi invités à s’inspirer des paysages bibliques et de l’atmosphère mystique pour écrire des textes, créer des objets, des sculptures, inventer des sons, des installations, qui deviendront à leur tour une exposition.

« Un défi », reconnaît la Française Ariane Bieou, chargée du programme culturel de Matera 2019, après avoir œuvré pour venir à bout des clichés pesant sur Marseille, capitale de la culture en 2013. « Le rôle d’une capitale européenne de la culture est de favoriser la croissance d’un territoire », a-t-elle expliqué à l’AFP. La tâche s’annonce ardue dans une ville sans aéroport ni trains à grande vitesse, aux voies d’accès sinueuses en bord de ravins.

Cité au passé douloureux mais promise à un avenir plus radieux, Matera est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1993, ce qui a contribué accroître sa notoriété. Le cinéma a aussi fait appel à elle pour recréer le décor imaginaire de l’antiquité chrétienne dans « L’Évangile selon Saint Matthieu » de Pier Paolo Pasolini ou dans « La Passion du christ », signé Mel Gibson.

« Matera appelle l’Europe et l’Europe appelle Matera », résume Mme Bieou. Une devise qui ne convainc pas Patrizia Capriotti, propriétaire d’une boutique d’objets et de vêtements, dont beaucoup sont réalisés dans un atelier qui recycle les déchets. « C’est un projet trop éloigné de la réalité. Je crains que nous ne devenions une sorte de Venise, envahie par le tourisme de masse, un modèle qui doit être stoppé », explique-t-elle à l’AFP.

Architecte de formation, elle est conteste le modèle touristique qui fait que « les gens vont vivre dans des quartiers populaires et transforment leurs maisons en pierre ou leurs grottes familiales en résidences de tourisme ». La partie basse de Matera, où l’on peut visiter 150 églises rupestres, est de fait en pleine effervescence avec des ouvriers qui montent et descendent les marches pour réhabiliter des maisons transformées en « hôtels boutiques ».

Tout près de l’église médiévale Madonna de la Virtù, le jeune Vito Cuscianna, diplômé en économie, offre aux touristes les services de sa Vespa-taxi. « Mon grand-père de 90 ans était agriculteur et vivait dans les sassi. Mais jamais il n’aurait imaginé voir du wifi ou des jacuzzi dans ces grottes préhistoriques ! », s’amuse le jeune homme de 27 ans.

D.C avec AFP



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