Mexique : une justice gangrénée par la corruption, l’impunité et la fabrique de faux coupables

Titelbild
La photo de cinq jeunes gens enlevés le 11 août dernier se trouve sur un autel commémoratif lors d'un événement marquant la Journée internationale des victimes de disparitions forcées à Lagos de Moreno, dans l'État de Jalisco, au Mexique, le 30 août 2023. (ULISES RUIZ/AFP via Getty Images)
Von 27 mai 2025

Plus de dix ans que les parents des 43 étudiants disparus d’Ayotzinapa demandent justice au Mexique. Presque 20 ans qu’Israel Vallarta, l’ex-compagnon de la Française Florence Cassez, est en détention préventive, accusé sans jugement d’être à la tête d’un gang de ravisseurs.

Des proches et des étudiants de l’école rurale d’Ayotzinapa défilent lors d’une manifestation pour demander au gouvernement de clarifier les cas des 43 étudiants disparus, à Mexico, le 26 avril 2025. (YURI CORTEZ/AFP via Getty Images)

A l’image de ces deux affaires qui ont dépassé les frontières, le système judiciaire mexicain est accusé de générer de l’injustice, de l’impunité ou d’inventer des faux coupables.

C’est avec le but affiché de lutter contre la « corruption » du pouvoir judiciaire que le gouvernement de gauche appelle les quelque 100 millions d’électeurs mexicains à désigner dimanche tous les juges et les magistrats du pays, jusqu’à la Cour suprême. La participation est incertaine.

« Toujours dans la même galère »

« Cela fait 10 ans et nous sommes toujours dans la même galère », affirme Estanislao Mendoza, 65 ans, père de Miguel Ángel, l’un des 43 étudiants disparus dans l’État de Guerrero, au sud du pays, en septembre 2014.

Estanislao Mendoza, père de Miguel Angel Mendoza, l’un des 43 étudiants de l’école normale rurale d’Ayotzinapa disparus en 2014, tient une banderole avec la photo de son fils lors d’un entretien avec l’AFP sur son lieu de travail à Apango, État de Guerrero, Mexique, le 14 mai 2025. (ALFREDO ESTRELLA/AFP via Getty Images)

Le cas des étudiants de l’école normale d’Ayotzinapa est la pointe de l’iceberg de la « tragédie humaine », dixit les Nations unies, des plus de 120.000 disparu(e)s au Mexique.

Trois gouvernements, des experts internationaux, de multiples versions, une ex-juge récemment arrêtée pour dissimulation présumée de preuves: aucune condamnation n’a été prononcée dans cette affaire. Seuls les restes calcinés de trois victimes ont été retrouvés.  Dimanche, Estanislao Mendoza n’a pas l’intention d’aller voter. Comment puis-je le faire si « je ne sais rien d’eux »?, s’interroge-t-il au sujets des candidats.

Le dernier rapport d’une commission d’enquête sur l’affaire Ayotzinapa fait état de 151 personnes poursuivies et 90 libérées (25 faute de preuves et 65 pour avoir été torturées).

Florence Cassez libérée après plus de sept ans de prison

Au Mexique, une affaire peut en cacher une autre. En janvier 2013, Florence Cassez avait été libérée après plus de sept ans de prison sur décision de la Cour suprême pour vice de forme.

La Française avait été condamnée à une lourde peine de prison, accusée d’être à la tête d’un gang de ravisseurs avec son ex-compagnon Israel Vallarta. Elle a toujours clamé son innocence et elle avait reçu le soutien du président français de l’époque Nicolas Sarkozy.

Photo d’archive prise le 22 janvier 2008 de la ressortissante française Florence Cassez écoutant son avocat (hors cadre) dans sa prison à Mexico. (Ronaldo Schemidt/AFP via Getty Images)

 

Près de 20 ans après leur arrestation, Israel Vallarta, lui, reste toujours en détention préventive, « toujours sans jugement » au terme d’une procédure interminable, se désole sa soeur Lupita devant des milliers de pages de procédure.

Au total six membres de la famille ont été arrêtés pour complicité présumée avec l’homme dont l’arrestation en 2005 avec la Française avait fait l’objet d’une mise en scène pour les caméras de télévision. Deux de ses proches, son frère Mario et son neveu Sergio, arrêtés en 2012, sont également toujours emprisonnés.

« J’ai été en prison six ans et neuf mois pour mon nom de famille »

Également arrêtés et torturés en 2009 pour complicité présumée, René, un frère, et deux autres neveux, Juan Carlos et Alejandro, ont été acquittés en 2016 du délit de « délinquance organisée » et d’ »enlèvement ».

« J’ai été en prison six ans et neuf mois pour mon nom de famille », résume Alejandro en racontant son arrestation alors qu’il se rendait au garage de son oncle à Mexico en mai 2009. Des hommes en civil sont arrivés. « Ils disent : ah tu es un Vallarta ? Des coups, des coups, des coups. Ils nous emmènent à la salle de torture. Là, ils nous disent que nous devions dénoncer Israel et Florence (…) en disant que nous étions membres du fameux gang des Zodiaques, qui n’existe pas ».

Le système judiciaire est vicié par la « corruption », affirme Alejandro à l’AFP. « Je l’ai vécu dans ma chair ». « Quelque chose doit changer », ajoute l’homme qui ira voter dimanche.

Torturés et obligés de s’achever les uns les autres

Armando Olmeda, un maçon de 55 ans, compare la recherche de son fils à la progression d’un saumon à contre-courant.

Armando Olmeda, père de Roberto Carlos Olmeda, qui avait 20 ans lorsqu’il a disparu avec quatre amis à Lagos de Moreno le 11 août 2023, tient une photo de son fils disparu (c) et de ses amis, lors d’une interview avec l’AFP à Lagos de Moreno, dans l’État de Jalisco, au Mexique, le 9 mai 2025. (STRINGER/AFP via Getty Images)

Son calvaire a commencé en août 2023 lorsque Roberto Carlos, un étudiant de 22 ans, a disparu avec quatre amis d’enfance à Lagos de Moreno (ouest), prétendument aux mains de trafiquants de drogue. L’affaire a choqué car une vidéo enregistrée par les criminels montre les jeunes hommes torturés et obligés de s’achever les uns les autres.

Vue de l’extérieur d’une ferme où cinq jeunes hommes disparus auraient été torturés et tués à Lagos de Moreno, État de Jalisco, Mexique, prise le 30 août 2023. (ULISES RUIZ/AFP via Getty Images)

Une condamnation pour seulement 6% des enquêtes

L’enquête a conduit à la découverte de restes humains dans un four à briques où les garçons « ont été incinérés », selon Daniel Espinosa, président du pouvoir judiciaire de l’État du Jalisco. Mais le responsable a précisé plus tard que les restes n’avaient pas été identifiés. « Il a manqué d’éthique », accuse Olmeda. Cinq suspects sont poursuivis.

Selon les chiffres officiels, en 2023, les parquets des États ont ouvert 27.957 enquêtes pour homicide volontaire, mais seulement 6% ont abouti à une condamnation.



Kommentare
Liebe Leser,

vielen Dank, dass Sie unseren Kommentar-Bereich nutzen.

Bitte verzichten Sie auf Unterstellungen, Schimpfworte, aggressive Formulierungen und Werbe-Links. Solche Kommentare werden wir nicht veröffentlichen. Dies umfasst ebenso abschweifende Kommentare, die keinen konkreten Bezug zum jeweiligen Artikel haben. Viele Kommentare waren bisher schon anregend und auf die Themen bezogen. Wir bitten Sie um eine Qualität, die den Artikeln entspricht, so haben wir alle etwas davon.

Da wir die Verantwortung für jeden veröffentlichten Kommentar tragen, geben wir Kommentare erst nach einer Prüfung frei. Je nach Aufkommen kann es deswegen zu zeitlichen Verzögerungen kommen.


Ihre Epoch Times - Redaktion