Le Mile End : un quartier d’histoire et de passages
Après la Seconde Guerre mondiale, la communauté juive, mieux nantie qu’à son arrivée, déménagea vers d’autres quartiers comme Hampstead, Côte-St-Luc, Côte-des-Neiges et Outremont, plusieurs familles louèrent leur propriété aux nouveaux immigrants d’alors, notamment les Portugais et les Grecs. Si le noyau institutionnel de la communauté portugaise se trouvait aux abords de l’église Santa Cruz, à l’angle des rues Rachel et Clark, plusieurs familles s’installèrent aussi dans le Mile End. Elles rénovèrent leurs propriétés avec un grand souci du détail, ce qui leur valut, en 1975, un prix de l’Ordre des architectes du Québec : « les petites icônes religieuses sur les tuiles à côté de l’entrée, les petites statues dans le jardin distinguent les propriétés des familles portugaises. Plusieurs des jardins sont extraordinaires », décrit Mme Bronson. Quant à la communauté grecque, elle établit quelques commerces le long de l’avenue du Parc, mais s’installe aussi à Parc-Extension.
La communauté irlandaise s’installa dans les environs et fit construire la magnifique église St. Michael’s (1915), située au coin des rues Saint-Viateur et Saint-Urbain, desservant la communauté catholique anglophone du nord de l’île de Montréal : la « signature du quartier, affirme M. Bur, avec son énorme dôme et son clocher qui est une petite tour ressemblant à un minaret, cette église détonne dans le paysage. Elle est vraiment très remarquable », souligne-t-il. En effet, l’architecte Aristide Beaugrand-Champagne aurait préféré l’inspiration byzantine à l’inspiration occidentale : « le choix de cette tour représente comment les églises du début de la chrétienté avaient été transformées pendant la conquête ottomane », explique M Bur.

C’est dans l’édifice Peck, ancienne usine de confection de vêtements, que s’est installée l’entreprise florissante Ubisoft, à l’angle de la rue Saint-Viateur et du boulevard Saint-Laurent. (Frédérique Binette/Epoch Times)
Les années passant, l’église se vida peu à peu de sa communauté irlandaise et le diocèse de Montréal offrit de la partager avec la communauté polonaise. Elle devint alors l’église St. Michael’s and St. Anthony’s en référence à Saint-Antoine-de-Padoue. Aujourd’hui, les messes y sont encore données en polonais et en anglais. « Les lieux de culte du Mile End sont extraordinaires comme témoignages de la transformation de la population au fil du temps. On en a plusieurs qui ont eu deux, trois, quatre, même cinq différentes congrégations, souvent de différentes confessions, au fil du temps. Les lieux de culte peuvent à eux seuls raconter l’histoire du quartier », soutient Mme Bronson.
Avec l’après-guerre, à l’instar d’autres grandes villes américaines, les quartiers centraux de Montréal eurent de moins en moins la cote. « On voulait habiter dans une nouvelle maison de banlieue, être au bord de l’autoroute, ne pas être dépendant du système de transport en commun. Les quartiers centraux sont devenus mal aimés », relate M. Bur. L’industrie manufacturière déclina peu à peu et le réseau ferroviaire fut graduellement délaissé au profit des routes. La gare du Mile End ferma et finit par être démolie en 1970. Le Mile End devint l’un des quartiers les plus pauvres de Montréal.

Œuvre de l’architecte Aristide Beaugrand-Champagne, l’église St. Michael et St. Anthony, située à l’intersection des rues Saint-Viateur et Saint-Urbain, détonne dans le paysage avec son énorme dôme et son clocher ressemblant à un minaret. L’église a été construite en 1915 par la communauté irlandaise, elle appartient maintenant à la communauté polonaise. Les messes sont dites encore aujourd’hui en anglais et en polonais. (Frédérique Binette/Epoch Times)
Mais les grandes anciennes manufactures et leur immense fenestration attirèrent peu à peu plusieurs artistes et intellectuels qui en firent leurs lieux de création. Des petits cafés et salles de spectacles ouvrirent leurs portes et des comités de citoyens soucieux d’améliorer la qualité de vie de leur quartier se formèrent : « le quartier est graduellement passé d’un endroit où on habite seulement lorsqu’on n’en a pas les moyens à un endroit où tout le monde veut habiter », explique M. Bur. C’est ainsi que le Mile End se refit une réputation, puis suscita la convoitise : les valeurs foncières grimpèrent en flèche jusqu’à, paradoxalement, abriter de plus en plus difficilement ceux qui lui avaient pourtant refait une beauté jadis…
Aujourd’hui, le Mile End semble faire hommage à ses plus beaux bâtiments et aux communautés qui l’on façonné. «Avec le Rialto qui est en train d’être transformé de façon fantastique pour restaurer toute sa beauté intérieure et extérieure, avec l’église Saint-Enfant-Jésus qui a eu le retour de ses anges sur sa façade, avec l’église St. Michael’s qui a eu le cuivre de son toit refait, avec la Ville de Montréal qui reconstruit le Bain Saint-Michel qui était littéralement en train de tomber en morceaux, il y a de l’attention qui est portée à nos plus grands monuments », conclut M. Bur.
Et en ce sens, les sociétés d’histoire locale, telles que Mémoire du Mile End et les Amis du boulevard Saint-Laurent, ont un rôle important à jouer pour faire reconnaître la valeur patrimoniale de ses bâtiments et mieux intégrer l’ancien à l’existant.
| Le Mile End en chiffres |
Source : Profil de district électoral, Mile End. Ville de Montréal, 2014 |
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