Le Mile End : un quartier d’histoire et de passages

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À l’angle des boulevards Saint-Joseph et Saint-Laurent, l’église Saint-Enfant-Jésus est l’une des pièces maîtresses du noyau institutionnel du village Saint-Louis-du-Mile-End. L’ancienne Institution des sourds-muets et l’ancien couvent des Sœurs de la Providence font aussi partie de ce bel ensemble architectural. Source : (Frédérique Binette/Epoch Times)
Von 4 octobre 2016

Après la Seconde Guerre mondiale, la communauté juive, mieux nantie qu’à son arrivée, déménagea vers d’autres quartiers comme Hampstead, Côte-St-Luc, Côte-des-Neiges et Outremont, plusieurs familles louèrent leur propriété aux nouveaux immigrants d’alors, notamment les Portugais et les Grecs. Si le noyau institutionnel de la communauté portugaise se trouvait aux abords de l’église Santa Cruz, à l’angle des rues Rachel et Clark, plusieurs familles s’installèrent aussi dans le Mile End. Elles rénovèrent leurs propriétés avec un grand souci du détail, ce qui leur valut, en 1975, un prix de l’Ordre des architectes du Québec : « les petites icônes religieuses sur les tuiles à côté de l’entrée, les petites statues dans le jardin distinguent les propriétés des familles portugaises. Plusieurs des jardins sont extraordinaires », décrit Mme Bronson. Quant à la communauté grecque, elle établit quelques commerces le long de l’avenue du Parc, mais s’installe aussi à Parc-Extension.

La communauté irlandaise s’installa dans les environs et fit construire la magnifique église St. Michael’s (1915), située au coin des rues Saint-Viateur et Saint-Urbain, desservant la communauté catholique anglophone du nord de l’île de Montréal : la « signature du quartier, affirme M. Bur, avec son énorme dôme et son clocher qui est une petite tour ressemblant à un minaret, cette église détonne dans le paysage. Elle est vraiment très remarquable », souligne-t-il. En effet, l’architecte Aristide Beaugrand-Champagne aurait préféré l’inspiration byzantine à l’inspiration occidentale : « le choix de cette tour représente comment les églises du début de la chrétienté avaient été transformées pendant la conquête ottomane », explique M Bur.

C’est dans l’édifice Peck, ancienne usine de confection de vêtements, que s’est installée l’entreprise florissante Ubisoft, à l’angle de la rue Saint-Viateur et du boulevard Saint-Laurent. (Frédérique Binette/Epoch Times)

C’est dans l’édifice Peck, ancienne usine de confection de vêtements, que s’est installée l’entreprise florissante Ubisoft, à l’angle de la rue Saint-Viateur et du boulevard Saint-Laurent. (Frédérique Binette/Epoch Times)

Les années passant, l’église se vida peu à peu de sa communauté irlandaise et le diocèse de Montréal offrit de la partager avec la communauté polonaise. Elle devint alors l’église St. Michael’s and St. Anthony’s en référence à Saint-Antoine-de-Padoue. Aujourd’hui, les messes y sont encore données en polonais et en anglais. « Les lieux de culte du Mile End sont extraordinaires comme témoignages de la transformation de la population au fil du temps. On en a plusieurs qui ont eu deux, trois, quatre, même cinq différentes congrégations, souvent de différentes confessions, au fil du temps. Les lieux de culte peuvent à eux seuls raconter l’histoire du quartier », soutient Mme Bronson.

Avec l’après-guerre, à l’instar d’autres grandes villes américaines, les quartiers centraux de Montréal eurent de moins en moins la cote. « On voulait habiter dans une nouvelle maison de banlieue, être au bord de l’autoroute, ne pas être dépendant du système de transport en commun. Les quartiers centraux sont devenus mal aimés », relate M. Bur. L’industrie manufacturière déclina peu à peu et le réseau ferroviaire fut graduellement délaissé au profit des routes. La gare du Mile End ferma et finit par être démolie en 1970. Le Mile End devint l’un des quartiers les plus pauvres de Montréal.

Œuvre de l’architecte Aristide Beaugrand-Champagne, l’église St. Michael et St. Anthony, située à l’intersection des rues Saint-Viateur et Saint-Urbain, détonne dans le paysage avec son énorme dôme et son clocher ressemblant à un minaret. L’église a été construite en 1915 par la communauté irlandaise, elle appartient maintenant à la communauté polonaise. Les messes sont dites encore aujourd’hui en anglais et en polonais. (Frédérique Binette/Epoch Times)

Œuvre de l’architecte Aristide Beaugrand-Champagne, l’église St. Michael et St. Anthony, située à l’intersection des rues Saint-Viateur et Saint-Urbain, détonne dans le paysage avec son énorme dôme et son clocher ressemblant à un minaret. L’église a été construite en 1915 par la communauté irlandaise, elle appartient maintenant à la communauté polonaise. Les messes sont dites encore aujourd’hui en anglais et en polonais. (Frédérique Binette/Epoch Times)

Mais les grandes anciennes manufactures et leur immense fenestration attirèrent peu à peu plusieurs artistes et intellectuels qui en firent leurs lieux de création. Des petits cafés et salles de spectacles ouvrirent leurs portes et des comités de citoyens soucieux d’améliorer la qualité de vie de leur quartier se formèrent : « le quartier est graduellement passé d’un endroit où on habite seulement lorsqu’on n’en a pas les moyens à un endroit où tout le monde veut habiter », explique M. Bur. C’est ainsi que le Mile End se refit une réputation, puis suscita la convoitise : les valeurs foncières grimpèrent en flèche jusqu’à, paradoxalement, abriter de plus en plus difficilement ceux qui lui avaient pourtant refait une beauté jadis…

Aujourd’hui, le Mile End semble faire hommage à ses plus beaux bâtiments et aux communautés qui l’on façonné. «Avec le Rialto qui est en train d’être transformé de façon fantastique pour restaurer toute sa beauté intérieure et extérieure, avec l’église Saint-Enfant-Jésus qui a eu le retour de ses anges sur sa façade, avec l’église St. Michael’s qui a eu le cuivre de son toit refait, avec la Ville de Montréal qui reconstruit le Bain Saint-Michel qui était littéralement en train de tomber en morceaux, il y a de l’attention qui est portée à nos plus grands monuments », conclut M. Bur.

Et en ce sens, les sociétés d’histoire locale, telles que Mémoire du Mile End et les Amis du boulevard Saint-Laurent, ont un rôle important à jouer pour faire reconnaître la valeur patrimoniale de ses bâtiments et mieux intégrer l’ancien à l’existant.

 Le Mile End en chiffres   
  • En 2011, la population du district électoral était d’environ 32 000 habitants.

  • Par rapport à l’ensemble de la ville de Montréal, la population du Mile End est jeune : le groupe des 25-34 ans est surreprésenté (28,5 %) alors que tous les autres groupes d’âge sont sous-représentés.
  • Dans le Mile End, près d’une personne sur deux (48,8 %) vit seule, alors que le taux est de 40,7 % pour la ville de Montréal. La proportion de couples sans enfant est supérieure dans le Mile End (47,5%) par rapport à la ville de Montréal (37,7%).
  • En 2011, le coût moyen du logement était de 819 $/mois, soit 12 % de plus que pour la ville de Montréal. La valeur des logements dans le Mile End est supérieure à celle de la ville de Montréal (415 372 $ c. 373 475 $).
  • Le Mile End est un district des plus bilingues : 68,7 % des résidents connaissent l’une et l’autre des deux langues officielles.

  • Le visage de l’immigration a changé : aujourd’hui, les personnes originaires de France comptent pour la plus grande proportion des immigrants (18,2 %). Viennent ensuite les personnes originaires du Portugal (6,2 %) et de la Grèce (1,9 %).
  • La population du Mile End est très scolarisée : 53,9 % de la population détient un certificat, un diplôme ou un grade universitaire alors que ce taux est de 33,8 % pour la ville de Montréal.
  • Dans le Mile End, le taux de chômage est inférieur à celui de Montréal (7,4 % c. 10 %).
  • Le revenu total moyen des ménages du Mile End en 2010 était de 59 068 $, soit 2,3 % supérieur à celui de Montréal. Le revenu des familles comptant un couple et des enfants était de 100 204 $, soit 11,3 % supérieur à celui de Montréal.
  • Dans le Mile End, 41,1% de la population dit avoir un sentiment d’appartenance à la religion catholique, 7 % à la religion juive et 2,4 % à la religion musulmane. 37,2 % de la population dit n’avoir aucun sentiment d’appartenance religieuse.

Source : Profil de district électoral, Mile End. Ville de Montréal, 2014
Utilisant les données du recensement 2011 de Statistique Canada



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