Pakistan : déjà plus de 200.000 Afghans expulsés vers des camps de fortune

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Des réfugiés afghans devant être expulsés vers l'Afghanistan attendent avec leurs affaires à l'extérieur d'un centre de rétention près de la frontière pakistano-afghane à Chaman, le 22 avril 2025. (ABDUL BASIT/AFP via Getty Images)
Von 4 juin 2025

Plus de 200.000 Afghans sont rentrés dans leur pays depuis que le Pakistan a lancé le 1er avril une campagne d’expulsion massive contre les quelque trois millions d’Afghans présents sur son sol, qu’il accuse d’être liés au « terrorisme et au narcotrafic ».

Le rythme des départs, en partie volontaires mais résultant également de descentes de police, a considérablement décru malgré tout : si en avril, 135.865 Afghans avaient franchi la frontière, seuls 67.478 l’ont fait en mai.

Les deux premiers jours de juin semble suivre la même tendance que le mois précédent, avec environ 1.500 départs par jour, selon les chiffres révélés à l’AFP par le ministère de l’Intérieur pakistanais.

Des camions chargés d’effets personnels de réfugiés afghans attendant leur expulsion vers l’Afghanistan sont garés à l’extérieur d’un centre de rétention près de la frontière pakistano-afghane à Chaman, le 22 avril 2025. (ABDUL BASIT/AFP via Getty Images)

Pousser au retour des Afghans, c’est « les mettre en danger »

Au 1er avril, après plusieurs mois de campagne de presse contre les Afghans, accusés d’être liés au « terrorisme » mais aussi de soutenir la contestation politique contre le pouvoir, Islamabad avait purement et simplement annulé les 800.000 cartes de résidence qu’il avait distribuées à des Afghans, parfois nés sur son sol ou y résidant depuis des décennies.

Le Pakistan menace désormais de lever fin juin la protection accordée au 1,3 million d’Afghans détenteurs d’une carte de réfugié délivrée par le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

Pour les humanitaires et les défenseurs des droits humains, pousser au retour des Afghans, c’est « les mettre en danger ».

Des réfugiés afghans devant être expulsés vers l’Afghanistan reçoivent un traitement médical dans un centre de rétention après avoir fourni leurs données biométriques à la National Database and Registration Authority (NADRA), près de la frontière pakistano-afghane à Chaman, le 8 avril 2025. (ABDUL BASIT/AFP via Getty Images)

Le pays, dirigé par les autorités talibanes revenues au pouvoir à l’été 2021, est officiellement en paix. Mais il constitue toujours la deuxième plus grande crise humanitaire au monde, selon l’ONU, avec un tiers des 45 millions d’habitants qui souffrent de la faim.

Expulsions massives de familles avec femmes et enfants depuis l’Iran

Forcés au retour par leur voisin de l’Est, les Afghans sont également poussés au départ par celui de l’Ouest, l’Iran.

Téhéran a donné « jusqu’au 6 juillet » aux « quatre millions d’Afghans illégaux » pour quitter son territoire, annonçait la semaine passée un responsable du ministère iranien de l’Intérieur à la télévision d’État.

Sur cette photo prise le 12 septembre 2024, des fonctionnaires afghans vérifient les documents des réfugiés après leur expulsion d’Iran, dans un centre d’enregistrement près de la frontière entre l’Afghanistan et l’Iran, dans le district d’Islam Qala de la province d’Herat. (MOHSEN KARIMI/AFP via Getty Images)

Mardi, l’ONU s’inquiétait d’une « tendance nouvelle et préoccupante » apparue en mai : deux fois plus de familles afghanes avaient été expulsées par Téhéran que le mois précédent et alors que le pays forçait jusqu’ici au retour des jeunes hommes en majorité, il expulse désormais des familles avec femmes et enfants.

Sur cette photo prise le 12 septembre 2024, des réfugiés afghans marchent après leur expulsion d’Iran, dans un centre d’enregistrement près de la frontière entre l’Afghanistan et l’Iran, dans le district d’Islam Qala de la province d’Herat. (MOHSEN KARIMI/AFP via Getty Images)

Plus de trois millions d’Afghans déjà expulsés

Au total, depuis fin 2023 et la première campagne d’expulsions de masse d’Islamabad, plus d’un million d’Afghans ont dû partir du Pakistan, et plus du double ont quitté l’Iran.

Des familles de réfugiés afghans assis dans un camion avec leurs affaires se dirigent vers l’Afghanistan après le début de la deuxième phase d’un programme d’expulsion lancé par le gouvernement pakistanais, à Peshawar, le 4 avril 2025. (ABDUL MAJEED/AFP via Getty Images)

Plus de la moitié des Afghans de retour sont des enfants, d’après l’ONU.

Des réfugiés afghans attendent leur départ pour l’Afghanistan, dans un centre de rétention près de la frontière pakistano-afghane à Chaman, le 9 avril 2025. (ABDUL BASIT/AFP via Getty Images)

Graves tensions frontalières 

Cette nouvelle vague de départs forcés intervient alors qu’Islamabad voit les violences exploser dans ses régions frontalières avec l’Afghanistan et accuse Kaboul de manquer de fermeté face à des groupes qui utilisent son sol pour attaquer le voisin.

Le gouvernement taliban, reconnu par aucun pays au monde, entretient des relations en dents de scie avec Islamabad.

En avril, Kaboul a accusé son voisin de « maltraitance » contre les migrants et de les utiliser « à des fins politiques ». Depuis, le ton semble s’être adouci entre les deux capitales, qui ont même accepté il y a quelques jours de nommer de nouveau des ambassadeurs dans leurs chancelleries, élevant ainsi leurs relations.

Des ministres se sont rendus chez le voisin et alors que les relations semblaient se réchauffer, le sujet des migrants expulsés a peu à peu disparu des déclarations publiques.

« Ils retournent dans un pays qui n’est pas prêt à les accueillir »

Aux deux postes-frontières de Torkham (nord-ouest) et de Chaman (sud-ouest), en avril, 3.000 personnes en moyenne transitent dans les deux sens chaque jour, contre environ 100 avant cette nouvelle campagne, d’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Des réfugiés afghans devant être expulsés vers l’Afghanistan se rassemblent au poste frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan à Torkham, le 19 avril 2025. (ABDUL MAJEED/AFP via Getty Images)

Dans des camps temporaires aux conditions de vie précaires

Un jeune réfugié afghan se tient devant un centre d’enregistrement portant un panneau de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), dans le district de Takhta Pul, dans la province de Kandahar, le 7 avril 2025, à son arrivée du Pakistan. (SANAULLAH SEIAM/AFP via Getty Images)

Une fois en Afghanistan, ils séjournent dans des camps temporaires aux conditions de vie précaires, souvent sans savoir où se rendre par la suite, dans un pays où 85% des habitants vivent avec moins d’un dollar par jour.

Des enfants réfugiés afghans sont assis devant leurs tentes dans un camp de fortune de la Présidence de la gestion des catastrophes et des urgences (AFAD) après leur arrivée du Pakistan près de la frontière afghano-pakistanaise de Torkham, dans la province de Nangarhar, le 20 avril 2025. (WAKIL KOHSAR/AFP via Getty Images)

« Ils retournent dans un pays qui n’est pas prêt à les accueillir », estime le HRC. Les « pressions » iraniennes et pakistanaises « accablent des systèmes d’accueil et de réintégration fragiles en Afghanistan », note de son côté l’OIM.



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