Près du Louvre, un mystérieux laboratoire fait parler les œuvres d’art

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Cette photographie prise au Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) du musée du Louvre à Paris le 6 juin 2024 montre une statue en bronze installée dans l'AGLAE (accélérateur d'analyse élémentaire du Louvre), un appareil d'analyse chimique des œuvres d'art et des pièces archéologiques (Photo JULIEN DE ROSA/AFP via Getty Images)
Von 13 juin 2024

Sous le jardin des Tuileries, près du Louvre, où les touristes se promènent, un mystérieux laboratoire, fait parler les œuvres d’art : c’est le C2RMF, centre de recherche et de restauration des musées de France, que l’AFP a pu visiter.

Derrière une porte blindée à 17 m sous terre, le centre hautement sécurisé s’étend sur 5900 m2. Il accueille sur trois niveaux un plateau technique, un accélérateur de particules baptisé Aglaé, des salles d’examen où les objets d’art passent régulièrement un check-up médical (imagerie et analyses).

Conservateurs, radiologues, chimistes, géologues, ingénieurs métallurgistes, archéologues… En tout, 150 spécialistes et agents y travaillent, auscultant chaque année un millier d’oeuvres d’art françaises et étrangères.

Leur étude technique et technologique permet de caractériser les matériaux qui les constituent, leurs provenance et âge, ainsi que les modes d’assemblage et de création, et les phénomènes d’altération, invisibles à l’œil nu. Certaines œuvres sont ensuite conduites aux ateliers de restauration, installés dans une aile du Louvre ainsi qu’à Versailles, qui proposent, au vu des analyses, les protocoles les plus adaptés à leur état.

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Un auditorium et un centre de documentation complètent l’ensemble.

Après la Joconde, les vitraux de la Sainte-Chapelle ou ceux de Notre-Dame, un sabre de Napoléon ou l’Aurige de Delphes, ce sont les précieux restes d’une sculpture monumentale cambodgienne du XIe siècle qui viennent de lui être confiés pour une série d’analyses. Elle sera ensuite partiellement restaurée avant une exposition prévue en 2025 au musée Guimet des arts asiatiques puis aux Etats-Unis.

Le « Vishnu du Mébon occidental »

Chef d’œuvre de l’art khmer découvert en 1936 sur le site d’Angkor, cette sculpture monumentale du « Vishnu du Mébon occidental » compte parmi les rares représentations de ce dieu de l’hindouisme, sous sa forme couchée.

L’archéo-métallurgiste du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) David Bourgarit se prépare à l’analyse aux rayons X d’une statue en bronze du XIe siècle du célèbre Vishnu couché, récemment arrivée du Cambodge, qui sera restaurée au C2RMF au musée du Louvre, à Paris, le 6 juin 2024.
(Photo JULIEN DE ROSA/AFP via Getty Images)

Si « beaucoup de fragments manquent, à l’origine il s’étendait sur une longueur avoisinant six mètres, avait un diadème et un couvre-chignon », explique David Bourgarit, ingénieur de recherche archéo-métallurgiste qui pilote le projet.

« Dans ce dernier cliché de l’épaule gauche, on devine une épaisseur de paroi très importante et des choses très intéressantes au niveau de l’assemblage et du remplissage du bras », ajoute Elsa Lambert, radiologue chargée d’étudier la sculpture avec une dizaine d’autres spécialistes, dans une salle d’examen dotée de portes plombées pour éviter les rayonnements.

« Dans les sourcils, ces petits points blancs sont très clairement du métal ajouté, plus dense que le cuivre, mais il va falloir recourir à d’autres analyses pour le déterminer », ajoute M. Bourgarit.

« Un peu comme une enquête policière »

« On est un peu la Nasa avec chacun ses compétences ou Les Experts : Miami, la police scientifique. Nos scènes de crime sont des trouvailles archéologiques, un ensemble d’œuvres pour lesquelles on essaie de comprendre qui les a faites, comment et pourquoi, comme une enquête policière », ajoute-t-il.

Le Vishnu va bénéficier d’une « couverture photographique complète ». Certaines zones seront ensuite « explorées en détail par d’autres techniques comme la photogrammétrie, les scan 3D, la fluorescence X qui fournit la composition d’un matériau, ou la spectométrie », détaille le spécialiste.

Il scrute le « noyau » du Vishnu, « une partie renfermant de l’argile utilisé pour fondre la statue » en bronze dont l’analyse va permettre de « localiser le gisement et le site de fabrication ».

Le seul accélérateur de particules au monde  » à ne travailler que sur des œuvres d’art »

Certains fragments passeront peut-être par le spectaculaire « Aglae ou accélérateur (de particules) Grand Louvre d’analyse élémentaire, installé à la fin des années 1990 et le seul au monde à ne travailler que sur des œuvres d’art », explique Quentin Lemasson, ingénieur d’études spécialiste de cet engin.

« Linéaire, contrairement à celui du Cern(laboratoire européen pour la physique des particules) qui est circulaire, il est aussi 1000 fois moins énergétique », dit-il. Composé de deux parties, il se situe dans une pièce remplie de structures métalliques et tuyaux en tout genre, d’où s’élève un puissant vrombissement.

« On crée des particules, on les accélère, elles passent dans un long tuyau et un faisceau sort dans l’air en interagissant avec l’objet. Différents types de rayonnement sont émis, certaines particules rebondissent, créent de l’énergie, on peut déterminer ainsi l’épaisseur ou détecter de la dorure sans prélèvement, déterminer la proportion de cuivre et d’étain dans un bronze », dit l’ingénieur. Sous l’effet des protons et particules alpha, une céramique révèle la composition chimique des matériaux et les éléments traces signent leur provenance.



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