USA: dans la baie de Chesapeake, le crabe bleu abandonné faute de saisonniers

As crab season began in Hoopersville, Maryland, locals began asking where Jose Bronero Cruz was. For two decades, he'd traveled from Mexico to the remote town to pick crab meat, but this spring, he did not arrive.
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-Wonn Kain transforme le crabe à St. Michaels, Maryland, le 7 octobre 2020 - Alors que la saison du crabe arrivait à Hoopersville, les habitants ont commencé à demander où se trouvait Jose Bronero Cruz. Photo Chris Stein / AFP via Getty Images.
Von 11 octobre 2020

Pendant deux décennies, au printemps, Jose Bronero Cruz quittait son Mexique natal pour Hoopersville, dans la baie de Chesapeake dans l’Etat américain du Maryland, connu pour ses crustacés et notamment son crabe bleu.

Ce printemps, Jose n’est pas venu dans cette région située non loin de la capitale Washington, et son absence a été remarquée, tout comme celle d’autres saisonniers, attendus chaque année dans les usines de transformation de crabe, un des poumons économiques de cette petite ville côtière. En cause, l’absence de visa — H-2B — nécessaire pour travailler temporairement aux Etats-Unis.

L’industrie du crabe à fonctionné partiellement

Ce problème, auquel se sont ajoutées la fermeture de frontières, les restrictions aux voyages et autres perturbations causées par la pandémie de coronavirus, a paralysé des pans de l’industrie du crabe du Maryland cette année, poussant deux tiers des usines de transformation des fruits de mer à fonctionner partiellement ou à mettre la clé sous la porte.

« Nous avons survécu au Covid-19, mais nous sommes dans une région où il n’y a pas assez de main-d’œuvre locale », raconte Janet Rippons-Ruark, qui se repose sur les saisonniers étrangers pour faire tourner son entreprise. « On n’a pas de vivier » de travailleurs.

-Pendant deux décennies, il avait voyagé du Mexique à la ville reculée pour cueillir de la chair de crabe, mais ce printemps, il n’est pas arrivé. Photo Chris Stein / AFP via Getty Images.

« Il n’est pas certain qu’on survive sans main-d’œuvre » étrangère, renchérit Jack Brooks, le président de The Chesapeake Bay Seafood Industries Association, qui défend les intérêts du secteur.

Début octobre, quelques visas ont finalement été accordés à des travailleurs saisonniers, dont Jose, mais Jack et Janet aimeraient une solution pérenne pour dissiper définitivement leurs craintes car le secteur a du mal à attirer les travailleurs américains.

Travailler dans la transformation de crustacés

Si de nombreux Américains veulent avoir le crabe bleu dans leurs plats, travailler dans la transformation de crustacés n’attire pas les foules. Ce métier implique de démembrer le crabe, décoller la carapace, séparer le crabe en deux, décoller la chair, extraire la chair… etc.

Le fait qu’il s’agisse d’emplois temporaires n’aide pas non plus.

Les usines sont ainsi obligées de se reposer sur une main-d’œuvre étrangère, venant essentiellement du Mexique ou d’autres pays d’Amérique latine.

Deuxième Etat exportateur de crabe aux Etats-Unis

Le Maryland est le deuxième Etat exportateur de crabe aux Etats-Unis après la Louisiane, d’après les chiffres officiels.

« Nous ne sommes pas dans une industrie en croissance à l’heure actuelle mais nous avons un produit local que beaucoup de gens réclament », dit M. Brooks.

Jose Bronero Cruz, qui vient de l’Etat de Tabasco au Mexique, raconte que sa paie est bien meilleure que s’il était resté dans sa ville natale.

-Les transformateurs de crabe travaillent à la vapeur à St. Michaels, Maryland, le 7 octobre 2020. Photo Chris Stein / AFP via Getty Images.

« Au Mexique, on ne gagne pas vraiment beaucoup d’argent », explique M. Cruz, 46 ans. « Ici, c’est possible ».

Les ONG de défense de travailleurs immigrés sont plus critiques et assurent que ces saisonniers vivent dans des logements précaires, avec une assurance-santé déplorable.

Pendant vingt ans, Joe Spurry, propriétaire de Bay Hundred Seafood, a eu recours à un groupe d’immigrés cambodgiens vivant de façon permanente aux Etats-Unis.

Mais vu leur âge avancé, il devra désormais chercher une nouvelle main-d’œuvre, ce qui passe par l’étranger et le visa H-2B, dont la procédure est un casse-tête.

Dépendre de la main-d’œuvre

« Ce n’est pas que notre activité ne tourne pas bien », dit-il. « C’est qu’on dépend de la main-d’œuvre ».

Les Etats-Unis n’octroient que 66.000 visas H-2B par an, ce qui représente deux tiers des 99.000 demandes recensées début 2020 par le département du Travail. L’industrie du crabe du Maryland n’en demandait que 450 mais elle est en concurrence avec d’autres secteurs économiques.

Jose Lopez emballe des crabes pour l’expédition à St.Michaels, Maryland, le 7 octobre 2020.  Photo Chris Stein / AFP via Getty Images.

L’une des solutions pour éviter la mort de l’industrie dans la baie de Chesapeake, affirment les acteurs, est de réformer la loi sur l’immigration, dans l’impasse au Congrès.

Pour autant, ils ne se font pas d’illusions quel que soit le vainqueur de la présidentielle du 3 novembre.

Quand Joe Biden était vice-président sous la présidence Obama, « rien n’a changé », rappelle Jay Newcomb, propriétaire d’une usine de transformation. Donald Trump a été président pendant quatre ans, « rien n’a changé », ajoute-t-il, résigné.

Dans ces conditions, « c’est difficile de rester ouvert », avance Janet Rippons-Ruark, contrainte de vendre des crabes vivants cette saison en l’absence de ses saisonniers.

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